Michel Rocard

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Former Prime minister • France

“The rescue of the Arctic jewel will depend on an international diplomacy effort. What an exciting challenge !”

Michel Rocard is the French Ambassador to the poles. A former Prime Minister and European Deputy from 1996 to 2009, he intitiated the negotiations that led to additional protection of Antarctica in the Madrid Protocol. Working in collaboration with the NGO Le Cercle Polaire he is coauthor and promotor of the resolution on arctic governance, adopted the 9 October 2008 by the European Parliament.
Michel Rocard has left us on July 2nd, 2016. See the Hommages to Michel Rocard



Je dois ma nomination d’Ambassadeur pour les pôles à l'écho toujours croissant de mon intervention déclenchante donc décisive dans la négociation du Troisième protocole du traité de l'Antarctique. Annexe d'un traité de 1959, le troisième protocole, signé à Madrid en 1991, déclarait l'Antarctique « terre de paix et de science », réserve naturelle classée au Patrimoine mondial de l’humanité, et y interdisait toute activité humaine autre que touristique ou scientifique.
L'idée initiale était donc de tenter d'obtenir, pour l'Arctique, un statut équivalent, protégeant aussi complètement que possible son environnement. Quelques visites sur place, Groenland, Svalbard, Nunavut, m'ont convaincu à la fois de la grandeur et de la beauté de ce patrimoine, de l'aggravation des menaces qui pèsent sur lui, et de l'urgence qu'il y a à le défendre.
Mais les modifications qu'a connues l'Arctique du fait du changement climatique ont tout bouleversé. Jusque vers 1980 l'Arctique, océan et terres riveraines, était une zone interdite d'accès par le froid. Seuls s'y aventuraient les énormes sous-marins nucléaires lanceurs d'engins russes et américains en patrouille dans l'eau libre sous la glace et chacun prêt à tirer sur l'autre, et en surface quelques rares chercheurs scientifiques, mâtinés d'explorateurs. Depuis que le changement climatique a fait son ouvrage, tout a changé et beaucoup d'activités humaines deviennent possibles. La banquise flottante d'été n'a plus aujourd'hui qu’à peine la moitié de la surface qu’elle avait encore il y a vingt ans. Dans ces eaux libres de glace, on n'a pas encore pêché. Mais cela ne saurait tarder. Des milliards de poissons de l'Atlantique et du Pacifique fuient les eaux tiédissantes pour se réfugier dans de plus fraîches. Or il n'y a pas d'organisation régionale de pêche en Arctique. Y-a t-il des espèces menacées, qu'il faudrait protéger ? Quelles sont les périodes de reproduction des espèces concernées pendant lesquelles la préservation de la ressource supposerait qu'on s'abstienne de pêcher ? Va-t-on laisser l'Océan Arctique libre de braconnage ?
Des estimations sérieuses, pas encore des certitudes, mais pas loin, laissent deviner sous les eaux de l'Océan Arctique un deuxième Moyen-Orient : 30% des réserves mondiales de gaz et 17% de celles de pétrole. Faut-il laisser chaque état riverain, ou pire n'importe qui en eaux libres, forer et exploiter ces réserves sans plus de précautions que d'habitude, au moment où le Golfe du Mexique subit la dévastation majeure que l'on connait suite à un accident pétrolier et sachant en outre qu'il n'y a en Arctique ni ports proches ni stations de secours, ni remorqueurs ni moyens de défense stockés, et que les produits chimiques protecteurs agissent très mal par grands froids ?
Déjà le tourisme dans ces eaux augmente massivement, et bientôt le commerce mondial entre l'Europe et l'Extrême-Orient ou la Californie, près de la moitié du total, souhaitera passer l'été et l'automne par les routes polaires pour économiser le détour de 4 ou 5 000 kilomètres par Suez ou Panama. Qui dira les règles de sécurité nécessaires ? Qui les déclarera obligatoires ? Qui en vérifiera le respect ?
En faisant fondre aussi bien la glace que le pergélisol, le réchauffement menace la survie des ours blancs comme celle des hommes. Est-il encore temps de les sauver ?
Un traité global unique eut été nécessaire. Les états riverains n'en veulent à aucun prix ce qui le rend impossible. Le sauvetage de cette perle du monde va nécessiter un labeur diplomatique mondial tenace. Y a t-il tâche plus exaltante ?

Michel Rocard (September 2011)


“The draft resolution on Arctic governance which I co-wrote was approved by a huge majority of euro-deputies”


I long saw the Poles as far distant places, the preserve of specialists; my experience of them was limited to their awe-inspiring photos and to the concern sparked by scientists’ repeated warnings about climate change and the possible melting of the polar ice.
That was how things stood back in May 1989, when I welcomed my friend Robert Hawke, the Australian Prime Minister, on a state visit to France. «Bob» took me aside and said, “Michel, I’m concerned about the Antarctic. The 1959 Antarctic Treaty does not deal with economic activity in the Antarctic. The truth is that the continent’s structure is fragile. My friends and neighbours in New Zealand are concerned, and have carried out very tough negotiations leading to the draft Wellington Treaty, which my parliament won’t ratify. What does France think?”I immediately came around to Bob Hawke’s view, namely that new negotiations should be opened with the much more ambitious aim of protecting the Antarctic from any energy-producing activity. A joint French-Australian communiqué – the only one in history! – got the ball rolling. We had to keep a close eye on the opening of the new negotiations, but the process was successful and led to the Madrid Protocol to the Atlantic Treaty three years later. Now that word has got out that the Antarctic is under serious threat, this experience and the knowledge I gained from it are still with me. The issues are greatly different, and much more challenging, but the urgency is even greater. So, as is often the case in politics, “the struggle continues”.
The only way to deal simultaneously with the deterioration of the Arctic environment and territorial claims, potential or declared, of Arctic-rim countries is to negotiate an international treaty setting up a regime of controlled responsibility for the Arctic region. Since November 2007, I have been working with le Cercle Polaire as a political advisor on a draft inter­national treaty aimed at protecting the Arctic environment. We have done excellent work, which must not be allowed to sink into oblivion. An oral question and debate was posed by the European Parliament to the Council and Commission. Following this debate, a draft resolution on Arctic governance, which I helped write, was approved, including my amendment calling on the EU Council of Ministers to initiate, as soon as possible talks, aimed at adopting an international treaty protecting the Arctic. This text was adopted by a huge majority on Thursday 9 October 2008. There is no doubt that something has started that we will have to watch with attention and energy.

Michel Rocard (November 2008)


Press Revue


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