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Industriel • Suède

“Le futur de la planète se joue dans les régions polaires. Apprenons à mieux les connaître pour mieux les préserver”


Frederik Paulsen est le président du groupe pharmaceutique suisse Ferring. Après des études de chimie à l’Université de Kiel, il entre en 1976 au service du groupe Ferring dont il devient en 1988 le président. Passionné d’exploration polaire, il sillonne depuis dix ans les hautes latitudes et finance, à travers ses fondations, de nombreux organismes et programmes liés à l’étude et à la sauvegarde de ces contrées fragiles.


 

Paradoxalement, mon point d’attache aux pôles se situe sur Föhr, une des îles de la Frise septentrionale située entre l’Allemagne et le Danemark. Vue du ciel, elle se distingue de la même manière que les pôles lorsque j’observe un globe terrestre et que mon regard est attiré vers ces deux points où tous les méridiens se rencontrent. Sous cet angle, il semble que ces lieux symboliques que sont les pôles Nord et Sud tiennent une position stable sur notre sphère. Pourtant derrière les multiples facettes de leur existence – pôles géomagnétiques, géographiques, magnétiques et même pôles d’inaccessibilité – se cache en réalité une instabilité que je cherche à saisir par le biais d’une exploration personnelle.
Ces repères, quelque minimes que soient leurs fluctuations, nous invitent en permanence à jeter sur eux un regard nouveau. La disparition annoncée de la banquise estivale et les prévisions apocalyptiques des scientifiques ont conféré à ces contrées lointaines, dans notre vie quotidienne, un sens nouveau mêlé d’un peu d’angoisse. J’aime flâner parmi les tombes de mon île de Föhr et y lire le nom des héros qui l’ont quittée pour mettre le cap au nord. Il m’importe de reconnaître dans l’histoire de ces lieux, outre la figure singulière des héros, le destin commun des hommes qui les ont habités le temps d’une campagne baleinière ou d’une vie entière. S’ils nous sont connus, si nous les reconnaissons, lisons leurs contes, découvrons leurs vies et les comparons aux nôtres, force nous est de constater que nos destins sont liés. L’appel des pôles, même s’il n’est à ce jour réellement ressenti que par quelques-uns, vient aiguiser notre conscience et renforce notre histoire commune. La Norvège, “nord vais-je” (étymologiquerment, “le chemin du Nord”), de par son nom, nous montre le “chemin” : celui qui longe les côtes septentrionales, qui porte et unit dans un ressac incessant nos histoires et nos destinées.
Une femme, Mary Shelley, comme pour nous mettre en garde contre nos penchants prométhéens, a eu l’audace de concevoir une créature privée de nom qui a fini son existence tragique au pôle Nord, sans descendance, sans histoire, sans destinée. Par mes expéditions de la Géorgie du Sud jusqu’en Sibérie, par les travaux des fondations que je soutiens, par mes publications, je m’efforce de partager avec le plus grand nombre possible de gens ma passion pour ces régions.
Aujourd’hui, le fait même de nous rendre compte que la banquise fond provoque des changements et appelle de nouvelles initiatives politiques. Le long de ces lignes tracées sur des cartes surgissent des conflits nouveaux qui une fois encore affectent le bien commun. L’avenir de la planète se joue dans les régions polaires. C’est en les connaissant mieux que nous pourrons mieux les préserver.

Frederik Paulsen (Septembre 2009)


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